BIRMANIE
ELEMENTS DE REPONSE FOURNIS PAR TOTAL
• Jean du RUSQUEC, chargé de Mission Myanmar
• Alain LEPAGE, ex-responsable du Projet Yadana
• U Aung THAN, ex-responsable du Programme Socio-économique
Yadana
• François CHAPEL, DIG Asie, délégué
Myanmar
L'
ACCUSATION DE TRAVAIL FORCE
Les rumeurs colportées par certains journaux selon lesquels
TOTAL ou ses sous-traitants auraient utilisé des travailleurs
forcés sur le chantier de Yadana sont mensongères.
Des journalistes dotés de plus d’imagination que
de scrupules ont même allégué que TOTAL aurait
fait poser le gazoduc de Yadana par des femmes et des enfants,
forcés bien entendu. Ces accusations ne reposent sur rien.
Pour servir une cause militante respectable en elle-même
(défense de la démocratie au Myanmar, ou intérêt
porté au sort de certaines minorités ethniques),
leurs auteurs prennent le projet de Yadana en otage afin de donner
plus d’écho à leur combat auprès du
public occidental.
Tout
au long de la conduite du chantier de Yadana et depuis lors, TOTAL
n’a jamais employé que du personnel adulte, volontaire
et rémunéré ; ce personnel a été
recruté selon les règles habituelles du Groupe (contrat
écrit, visite médicale d’embauche, non discrimination).
Des règles identiques ont été imposées
à tous les sous-traitants et leur respect a été
scrupuleusement contrôlé.
Si
TOTAL n’a rien à se reprocher dans la conduite du
chantier, l’environnement de celui-ci, et notamment la présence
de l’armée pour assurer la sécurité,
n’ont-ils pas conduit à des « bavures »
dont TOTAL se serait rendue, même involontairement, complice
?
La
question n°2 traite en détail du rôle de l’armée.
TOTAL a été très attentive à ce que
la présence de celle-ci ne pèse pas sur les habitants
de la région du gazoduc, et le Groupe a veillé en
particulier à ce qu'elle ne fasse pas appel à du
travail forcé.
Des
confusions peuvent être à l’origine de certaines
accusations portées contre TOTAL. A l’époque
où se déroulait le chantier du gazoduc, orienté
Est-Ouest, une voie de chemin de fer reliant Yé à
Tavoy selon un axe Nord-Sud était en construction sous
le contrôle de l’armée, et la réalisation
de cet ouvrage, qui a une intersection avec le gazoduc, a fait
appel à du travail forcé. Il a été
engagé avant le gazoduc et achevé après,
et ne présente aucun intérêt pratique pour
le projet Yadana ; ainsi tout l'équipement nécessaire
à la réalisation du gazoduc a été
transporté par mer jusqu'à un port construit par
TOTAL. En raison de la proximité géographique, certains
villageois réquisitionnés pour ce chantier ferroviaire
ont pu penser qu’ils travaillaient pour le Groupe. Celui-ci
a veillé dans le corridor du gazoduc à ce que ce
chantier ne donne pas lieu à du travail forcé mais
il n'est pas en mesure, pour des raisons évidentes, de
répondre de ce qui a pu se passer ailleurs.
Le
meilleur témoignage que puisse invoquer TOTAL pour répondre
aux critiques est la relation de confiance développée
avec les habitants des 23 villages de la région du gazoduc.
Cette confiance est née des contacts étroits tissés
entre les équipes socio-économiques de TOTAL et
ces villageois dès le début de 1995 pour se connaître,
expliquer le projet Yadana, comprendre les besoins des villageois,
les aider à mettre en œuvre leurs projets, se faire
les défenseurs de leurs intérêts et de leur
sécurité. Ces relations sont animées depuis
l’origine par des employés birmans du projet, médecins,
vétérinaires, agronomes, agents de communication,
qui habitent dans les villages, vivent au quotidien avec leurs
habitants et échangent avec eux librement, sans intermédiaire
et sans crainte.
LE ROLE DE L ARMEE BIRMANE
La protection du chantier Yadana était indispensable pour
2 raisons :
- la dimension considérable du chantier (2500 personnes,
700 engins, 63 km), qui se déroulait dans une région
isolée, reculée et dépourvue de toute infrastructure,
- la présence intermittente de petits groupes de guérilla
menant des opérations dans cette zone. Une embuscade contre
un camion du projet a coûté la vie à cinq
personnes en mars 95.
Afin d’assurer la sécurité du personnel employé
sur le chantier et conformément à sa pratique constante,
TOTAL a pris les mesures de protection défensive qui lui
paraissaient normales et nécessaires : agents de sécurité,
badges, enceintes protégées, liaisons radio de sécurité,
règles de déplacement… Le rôle de TOTAL
consistait donc d'une part à définir les consignes
de sûreté auxquelles étaient soumises toutes
les personnes travaillant sur le chantier, et d'autre part à
s'assurer en permanence que ces consignes étaient scrupuleusement
respectées. Il revenait aux autorités, dont c’est
la responsabilité, d’assurer l’ordre public
et la sécurité dans la zone. Au Myanmar, comme dans
un certain nombre de pays, l’armée est chargée
du maintien de l’ordre. Il faut bien comprendre à
ce stade comment se répartissent les rôles :
- l’opérateur responsable du chantier, TOTAL en l’occurrence,
a en charge la sécurité de son personnel et de ses
sous-traitants. Si des troubles à l’ordre public
menacent le chantier, l’opérateur peut être
amené à prendre la décision d’interrompre
celui-ci, comme le contrat l’y autorise (clause de hardship)
;
- les autorités sont seules investies du pouvoir d’assurer
l’ordre public dans la région.
Mais TOTAL ne s’est pas du tout désintéressée
des conséquences de la présence de l’armée
pour les habitants des villages riverains du chantier, dans la
zone désignée parfois comme le "corridor du
gazoduc", ce périmètre géographique
correspondant à la fois à la zone de proximité
du chantier en termes de sécurité et au territoire
occupé par les villages bénéficiaires du
programme socio-économique.
D’après
les dires des villageois et de MOGE, le partenaire birman de TOTAL,
l’armée birmane était établie dans
la région depuis 1988 environ, époque à partir
de laquelle le nouveau gouvernement du Myanmar a accentué
son effort contre les groupes insurgés actifs dans différentes
parties du pays. Ainsi la crête de Ban I Tong, à
la frontière thaïlandaise, aurait été
reprise par l'armée gouvernementale sur les insurgés
Karens de la KNU en 1990. La présence militaire a été
renforcée après l’attentat de mars 1995.
Certains
ont présenté la région comme une «
zone noire », zone de guerre où l’armée
aurait tiré à vue, une situation qui doit probablement
se rencontrer dans certaines régions du Myanmar lorsque
l’armée s’oppose à de véritables
armées d’insurgés. Tel n’a jamais été
le cas dans la zone du gazoduc depuis que TOTAL y est physiquement
présente (avec une équipe légère de
reconnaissance dès la fin de 94, avec des effectifs nombreux
à partir de l’automne 95) ; cela ne semble pas non
plus avoir été le cas auparavant, pour autant que
nous puissions le savoir. De même, aucun déplacement
de population n’est intervenu dans la zone depuis l'arrivée
de TOTAL. Un village a été déplacé
en 1991 ou 1992, donc bien avant que le passage du gazoduc dans
la région ne soit envisagé et sans lien aucun avec
le projet, et TOTAL a obtenu en 1997 le droit pour les villageois
ainsi déplacés de retourner dans leur ancien village
s'ils le souhaitaient. D'une manière générale,
il est faux de dire que l'armée aurait "sécurisé"
la zone avant l'arrivée de Total et pour préparer
celle-ci.
L’armée
n’était pas sur le chantier, dont la surveillance
était assurée par TOTAL et par ses sous-traitants,
mais elle se trouvait à proximité et dans la zone
pour empêcher d'éventuels commandos insurgés
de s'approcher de ce chantier. TOTAL, par l'intermédiaire
de MOGE, la tenait régulièrement informée
de l’évolution des travaux et des déplacements
des équipes, mais le Groupe n’a jamais eu de relation
contractuelle avec elle ni ne lui a donné d’instruction.
Il ne lui a apporté aucun soutien logistique en opérations
et ne l’a pas payée.
TOTAL
était consciente du risque que l’armée ne
réquisitionne des villageois et ne leur impose du travail
forcé. La société a efficacement protégé
les habitants de la manière suivante :
- les différents canaux de communication établis
avec les villageois dès l'origine (comités de communication
de villages, communication ladies, boîte aux lettres de
suggestions, médecins et agronomes vivant dans les villages,
rencontres informelles multiples, habitants des villages employés
par le chantier) ont permis aux équipes de TOTAL de savoir
en temps réel ce qui se passait sur le terrain et donc
d’intervenir en cas d’abus ;
- TOTAL a toujours été très claire vis-à-vis
de l’armée pour dire que le travail forcé
n’était pas acceptable, et a fait en sorte qu'elle
n'y ait pas recours dans le corridor du gazoduc.
Les aides en argent ou en nourriture apportées par TOTAL
à des villageois victimes du travail forcé s’inscrivaient
dans cette démarche de clarté. Ce geste humanitaire
a souvent été présenté comme une reconnaissance
de culpabilité. Il n’en est rien. Ceux qui l’ont
accompli n’étaient pas des juristes prudents mais
des hommes de cœur. Ils ont simplement voulu témoigner
leur sympathie à des victimes et dire de manière
forte et concrète que de telles pratiques ne devaient pas
se reproduire.
POURQUOI
TOTAL RESTE AU MYANMAR
Un certain nombre de sociétés occidentales, notamment
américaines, ont quitté le Myanmar, pour des raisons
diverses mais avec pour point commun d’avoir été
soumises aux pressions d’organisations militantes. Tel est
le cas de Premier, société anglaise qui était
par ailleurs confrontée à des problèmes d'actionnariat
et dont l'activité en Birmanie est en cours de reprise
par son partenaire malais Petronas. TOTAL est restée parce
qu’elle juge sa présence bénéfique
pour le pays et estime que son retrait aurait pour les habitants
du Myanmar un certain nombre d’inconvénients et aucun
avantage. Le Groupe est conscient du coût de cette position
en terme d’image, mais il pense qu’elle est juste.
Aucune considération financière importante ne la
dicte, car TOTAL pourrait obtenir un bon prix si elle cédait
sa participation, et les candidats ne manqueraient pas.
Quelles
sont en effet les retombées pour le pays de la conduite
du projet Yadana par un opérateur socialement responsable
?
- Les conditions d’emploi : tous les employés bénéficient
d’une rémunération très élevée
pour le pays et d’une bonne protection sociale. Les termes
de leur contrat de travail, aux normes du Groupe, peuvent exercer
un effet d’entraînement sur la législation
locale. Les règles contraignantes, et strictement contrôlées,
qui sont imposées aux sous-traitants locaux (contrat de
travail, règles d’hygiène et de sécurité,
minima salariaux…) œuvrent dans le même sens.
-
Les retombées économiques, qui ont permis à
plusieurs sous-traitants locaux, avec lesquels le groupe a noué
une relation de coopération régulière, de
se développer et d'améliorer leur technicité,
et qui ont aussi créé diverses opportunités
d'emploi ou des débouchés pour les communautés
riveraines.
-
La formation : près de 2 000 personnes ont été
formées et entraînées à des tâches
techniques dans des métiers divers à l’occasion
du chantier, plus d’une centaine de techniciens de bon niveau
ont reçu une formation très poussée pour
conduire l’exploitation (programme de formation de 10 MUSD);
-
Le gaz de Yadana va être pendant 30 ans une source de revenus
pour le Myanmar. La compagnie nationale MOGE et le gouvernement
commencent à les percevoir, mais ils sont encore limités
car MOGE n'a pas fini de rembourser les emprunts bancaires contractés
pour financer sa participation dans le projet. Il est vrai que
le gouvernement du Myanmar devrait mieux utiliser ses revenus
pour développer les infrastructures du pays et réaliser
des projets utiles à la population, mais la pression nécessaire
est plutôt du ressort des instances internationales. Le
Myanmar n’utilise aujourd’hui pour ses besoins internes
qu’une partie du gaz auquel il a droit. Un pipe domestique
qui aurait permis d'augmenter la part de la consommation nationale
est demeuré à l'état de projet.
-
Le programme de développement économique et social
: grâce à lui, 43 000 personnes sont en meilleure
santé, mieux scolarisées, elles ont vu leur revenu
s’améliorer et surtout elles vivent en sécurité.
-
Les retombées socio-politiques : il n’est pas indifférent
d’avoir instauré une forme de vie démocratique
dans les 23 villages qui se trouvent au voisinage du gazoduc,
ni d’avoir éradiqué le travail forcé
dans ces villages grâce à un dialogue critique vigilant
avec le gouvernement.
LES ACTIONS SOCIO ECONOMIQUES DE TOTAL SUR PLACE
10 M USD ont été dépensés en 8 ans
au titre du programme socio-économique, les premières
années ayant été plus lourdes car de nombreuses
infrastructures ont été alors réalisées.
Les dépenses s’élèvent maintenant à
1 M USD/an environ (1,2 MUSD en 2002). Ce programme est partagé
entre les co-investisseurs du projet au prorata de leur participation.
1
MUSD par an est un montant significatif par rapport aux différents
programmes d’aide internationale dont bénéficie
le Myanmar, sachant que ceux-ci ont été réduits
en raison de la situation politique du pays. Selon un rapport
établi en 2001 par International Crisis Group, le budget
annuel cumulé des 30 ONG actives au Myanmar serait compris
ente 15 et 20 MUSD. D’après la même source,
le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement)
et l’UNICEF, qui sont les agences multilatérales
les plus actives au Myanmar, auraient chacune un budget de l’ordre
de 10 MUSD. L’aide publique au développement (bilatérale
et multilatérale) reçue par le Myanmar depuis le
milieu des années 90 est estimée à 50 MUSD
par an.
Mais
l’enveloppe financière n’est pas le seul ni
même le meilleur critère pour juger de l’efficacité
de cette action, pour plusieurs raisons :
- Les indicateurs de résultat - population visée,
recul de la mortalité et de la morbidité, doublement
des effectifs scolarisés, évolution des productions
animales et végétales…-, parlent d’eux-mêmes
;
- Le succès tient à une très forte implication
personnelle des équipes du programme socio-économique
et, plus largement, des employés de TFE E&P Myanmar
; il est dû aussi à l’accueil très favorable
réservé au programme par la population, imputable
en partie sans doute à une gestion très «
démocratique » des projets au travers des comités
de communication des villages.
- Ajoutons que cette aide est conçue pour ne pas créer
de dépendance, mais au contraire pour susciter des activités
et des comportements qui soient durables.
Les autorités publiques n’ont jamais été
un obstacle et le soutien de la société pétrolière
publique MOGE, co-actionnaire de Yadana, n’a jamais fait
défaut.
Le
programme socio-économique n’a pas eu d’effets
pervers au sens où il aurait entraîné un flux
migratoire vers la zone du gazoduc. La population de la zone est
passée de 35 000 à 43 000 habitants en 8 ans, mais
cette croissance est surtout intervenue à l’époque
du chantier, qui offrait des opportunités de travail. D’après
les villageois interrogés, des gens qui avaient quitté
la zone pour chercher du travail ailleurs sont alors revenus,
mais ces villageois n’ont pas vu de « nouvelles têtes
» s’établir. Au plan démographique,
on peut penser que la présence de TOTAL a plutôt
interrompu le flux migratoire antérieur qui poussait les
habitants de cette zone déshéritée à
s'exiler vers les grandes villes birmanes ou vers la Thaïlande.
Au
départ le programme s’est appliqué à
13 villages riverains du chantier. Son périmètre
s’est étendu à 10 villages supplémentaires
en 2001, mais ces villages existaient de tout temps. Aucun déplacement
de village ou de population n’est intervenu depuis que TOTAL
est présent dans la zone.
LE PROCES UNOCAL ET LES PLAINTES
Deux plaintes contre UNOCAL sont en cours d'examen depuis 96,
l'une devant les tribunaux de l’Etat de Californie et l'autre
devant la justice fédérale américaine. Elles
ont suivi un parcours procédural complexe témoignant
de l’hésitation des juges à répondre
à deux questions : les faits allégués justifient-ils
des poursuites, et si oui, les tribunaux américains sont-ils
compétents pour en juger. Il est possible qu’un procès
au fond ait lieu à l’automne 2003.
TOTAL
n’a pas connaissance du contenu des plaintes le visant qui
ont été déposées en France et en Belgique.
En effet, les juges saisis n’ont pas encore été
en mesure d’apprécier si ces plaintes avaient un
fondement sérieux justifiant des poursuites et ne les ont
donc pas notifiées. Seule une « mise en examen »
permettrait à TOTAL de connaître le contenu des plaintes
et l’identité des plaignants.
Les
instigateurs de ces plaintes, gérées très
médiatiquement, ne prennent aucun risque en les déposant,
sinon celui de nuire injustement à la réputation
de TOTAL.
LA COMMUNICATION DE TOTAL
TOTAL
a régulièrement communiqué de manière
institutionnelle sur le Myanmar pour présenter le projet
Yadana et pour répondre aux attaques dont le Groupe était
l’objet. Mais il faut reconnaître que cette communication,
peut-être trop classique, défensive et trop discrète
sur la dimension humanitaire de notre présence, passe mal
dans les médias généralistes. Pourquoi ?
Les
attaques visant le Groupe sont assez nouvelles sur le fond et
dans la forme par rapport aux campagnes habituelles de contestation
contre les pétroliers. Nous sommes l’objet d’allégations
émanant de témoins qui sont toujours non identifiés
et invisibles, et ces allégations sont construites ou relayées
par de petits groupes militants dont la lutte contre l'actuel
régime birman et la défense des intérêts
d'une communauté ethnique ou d'un cercle politique particulier
sont les seules raisons de vivre ; ces groupes sont peu structurés,
peu connus en dehors d'un cercle d'initiés et de sympathisants
de leur cause, et ils communiquent surtout via Internet. La notoriété
de TOTAL est une compensation idéale à leur manque
de visibilité. Entre la victime prétendue et un
grand groupe pétrolier, accusé de lui avoir porté
tort, la sympathie du public va toujours à la victime dont
il présume la bonne foi, surtout dans le contexte dramatique
des souffrances endurées par tous les Birmans qui ont dû
fuir leur pays pour se réfugier en Thaïlande. Certains
médias exploitent sans vergogne ce réflexe bien
connu.
En
position de présumé coupable de forfaits qui n’existent
que dans l’imagination de leurs inventeurs, le Groupe a
longtemps adopté un profil assez bas, pour ne pas être
pris dans le piège consistant à démonter
une par une des accusations fantaisistes. Mais il s’efforce,
et tel est le sens de l’action de communication engagée
en 2003, de replacer le débat sur le terrain où
il devrait vraiment se situer : à quoi sert-il de boycotter
un pays dont le régime est contestable, la présence
d’un groupe international dans un tel pays est-elle une
bonne ou une mauvaise chose si ce groupe se comporte de manière
attentive et responsable, l’action de TOTAL au Myanmar est-elle
bénéfique pour le pays ?
C’est ce type de débat que nous avons proposé
au Nouvel Observateur en réponse à un article
particulièrement outrancier paru dans ses colonnes en janvier
2003 (« Les forçats du gazoduc »). Nous avons
attendu plusieurs mois avant de voir paraître le droit de
réponse que nous avions adressé à ce journal
et qu'il a finalement publié d'une manière satisfaisante
dont il faut lui rendre crédit. Si le Groupe donne l’impression
de ne pas réagir, c’est que le plus souvent les médias
ne lui concèdent qu'avec parcimonie et réticence
le droit de dire sa vérité et d'exprimer son point
de vue.
Redresser
la barre sera une œuvre de longue haleine dans le contexte
très particulier de cette affaire. Nous nous y employons
activement, en organisant des voyages de presse dans la région
du gazoduc, et en rencontrant des représentants d’institutions
publiques nationales ou internationales ainsi que des ONG, pour
leur expliquer notre action au service de la population.
TRANSPARENCE
DES COMPTES AVEC L’ETAT DU MYANMAR
La campagne « Publish what you pay » conduite par
une quarantaine d’ONG prône l’obligation pour
les sociétés pétrolières et minières
de déclarer les sommes versées aux états
hôtes afin de faciliter le contrôle de leur usage
par les habitants des pays producteurs.
Cette
idée n’est pas dépourvue d’intérêt
et si une telle obligation existait et s’imposait à
l’ensemble de la profession, TOTAL s’y conformerait
volontiers, sous réserve que certaines conditions soient
remplies : accord de l’Etat concerné, ( les dispositions
juridiques relatives aux contrats de partage de production imposent
la confidentialité aux entreprises ), communication par
le Groupe à un organisme tiers (la Banque Mondiale par
exemple ) de l’ensemble des prélèvements,
impôts et redevances versés à l’Etat
hôte, et agrégation par cet organisme des versements
faits dans le pays par tous les acteurs pétroliers, internationaux
et locaux, de façon à avoir un chiffre significatif
et dépourvu d‘ambiguïté des ressources
pétrolière de l’Etat.
Demander
aux compagnies pétrolières de fixer des conditions
à l’usage par les Etats hôtes de leurs recettes
d’exploitation pétrolière n’est ni souhaitable,
ni réaliste. Si la Banque Mondiale peut le faire en contrepartie
des financements qu’elle consent (principe juridiquement
sanctionné de conditionnalité des aides), une entreprise
pétrolière n’a aucune légitimité
pour dire à un Etat comment il doit dépenser ses
revenus. Elle peut tout au plus inciter cet Etat à faire
bénéficier la région où les hydrocarbures
sont produits de retombées positives suffisantes pour éviter
une fréquente source de tension entre région de
production et état central collecteur de taxes sur la production
pétrolière.
ONG
TOTAL évoque de manière régulière
la question du Myanmar avec des ONG en Occident, et notre filiale
au Myanmar a des contacts fréquents avec des organisations
humanitaires présentes sur place ; elle en a invité
plusieurs à se rendre dans la zone du gazoduc, soit pour
se faire leur propre idée, soit pour nouer des coopérations
concrètes, et elle recherche des thèmes de partenariat
adaptés. De telles coopérations sont souhaitées
parce que nous pensons que notre expérience peut être
utile pour d’autres organisations, et aussi parce que le
cœur de métier du Groupe n’est pas l’action
humanitaire, et que les ONG ont donc beaucoup à nous apprendre.
Cet effort local s’inscrit dans une politique générale
du Groupe visant à développer sa coopération
avec les ONG.
Le
CDA a effectué sa première mission de manière
indépendante et il a en ce domaine des règles déontologiques
très fortes qui lui valent le respect de nombreuses ONG,
universités, gouvernements et agences des Nations Unies
pour lesquels il travaille. Une équipe de trois personnes
a passé 12 jours au Myanmar et procédé notamment
à 63 entretiens avec les habitants de 10 villages, hors
de la présence du groupe (hormis une assistance logistique)
et en ayant recours à ses moyens propres de traduction.
Deux autres missions sont prévues au Myanmar en 2003 dans
les mêmes conditions. Nous attendons les conclusions de
celle qui s'est déroulée en avril.
Par
ailleurs, TOTAL est associée au programme "Corporate
Engagement Project" que le CDA développe avec un certain
nombre de grandes entreprises pour susciter un partage d'expériences
sur les méthodes d'intervention des multinationales dans
les pays en crise les plus aptes à entraîner pour
les populations concernées des retombées positives.
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