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Amitié Franco-Karen répond à Total

       
Le projet Yadana profite à la junte militaire et à la société Total, il ne profite ni au peuple birman, ni au peuple Karen.

Préambule

L’association Amitié Franco-Karen a été créée en 1991, bien avant l’existence du projet Yadana et l’implantation de la société Total dans les Etats Mon et Karen.

Elle s’est fixée pour but de rapprocher les peuples français et karen, non pas de les opposer.

L’action d’Amitié Franco-Karen s’inscrit dans une logique qui peut se résumer ainsi : contribuer au rayonnement de la France au Kawthoolei et en Birmanie.


Analyse critique des arguments avancés par la société TOTAL

Un certain nombre de points d’accord doivent être soulignés.

AFK admet volontiers que certaines accusations portées contre Total traduisent parfois une mauvaise connaissance de la situation réelle.

Ainsi, il est établi que la société Total n’a pas eu recours directement au travail forcé pour construire le gazoduc de Yadana et que ses employés birmans ont été correctement traités par l’encadrement français de la société.

Mais la vraie question semble avoir été éludée. Il ne s’agit pas en effet de savoir si Total s’est directement rendue coupable d’atteintes aux droits de l’homme. Nous savons tous que ce n’est pas le cas et qu’une telle attitude, contraire à la culture de l’entreprise, aurait été immédiatement sanctionnée par la hiérarchie de la société.

Le vrai problème est que, dans l’état actuel des choses, Total est perçue comme soutenant de fait une des dictatures les plus dures du monde et que cette dictature mène une guerre contre les peuples de Birmanie dont le peuple Karen.

Nous admettons que l’exercice confié est un exercice difficile : comment vendre l’implantation de la société TOTAL dans l’une des dictatures les plus criminelles de la planète ?

Nous avons relevé plusieurs arguments qui peuvent être perçus comme choquants. Certains d’entre eux pourraient paraître relever de la mauvaise foi, d’autres d’une connaissance insuffisante de l’histoire et des réalités de la région.

Quelques points.

Limiter son analyse aux seuls habitants de la région du gazoduc est perçu comme une forme de politique de l’autruche qui revient à ne pas prendre en compte le vrai problème, à savoir l’oppression du peuple Karen par la junte birmane. Il nous semble impératif de comprendre ce qui se passe au-delà des 23 villages de la région du gazoduc. Le peuple Karen, bien que victime de persécutions, compte encore plus de 5 millions de membres.

Les comités de communication dont il est question ont plus été perçus comme des « commissaires politiques » que comme des amis. Il est incontestable qu’ils ont été globalement bien acceptés dans les villages où ils ont exercé mais l’aspect propagande de leur mission n’a échappé à personne.

La protection du chantier Yadana (en l’occurrence la protection périphérique car la protection périmétrique était assurée par Total et ses sous-traitants) par l’armée d’occupation birmane a provoqué chez les Karens le même sentiment qu’ont éprouvé les Français en voyant les soldats allemands assurer la protection du chantier du mur de l’Atlantique.

« L’atmosphère paisible des (23 ?) villages porte témoignage de ce que la région du gazoduc n’est pas cette zone noire autrement dit de tir à vue »
Pour qui connaît la réalité du terrain au delà de ces 23 villages, cette phrase est particulièrement choquante. L’occupation de l’Etat karen par l’armée birmane se traduit régulièrement par des exécutions sommaires, viols, pillages, réquisitions abusives, incendies de villages.
Au delà de cette vitrine l’armée birmane, dans les zones qu’elle ne peut contrôler, pratique régulièrement la politique de la terre brûlée dans le but de priver la résistance du soutien logistique de la population.

Contrairement à ce qui est dit généralement, l’armée birmane a effectivement nettoyé la zone avant l’arrivée de Total. Elle a même été plus loin. Il faut rappeler que c’était sans aucun doute une des motivations de la grande offensive birmane de janvier 1995, qui s’est soldée par la chute du quartier général karen de Manerplaw, au prix de pertes birmanes très élevées.
L’armée birmane a très largement augmenté ses effectifs dans la région du gazoduc avant l’arrivée de Total et les a maintenus pendant les travaux.
Pendant toute cette période, la répression birmane s’est abattue avec une rigueur accrue sur les populations karens résistantes au-delà de la zone du corridor. Le lien de cause à effet est évident pour tous les observateurs avertis.

« L’histoire montre que les boycotts mettent rarement en péril les régimes non démocratiques » Cette affirmation n’est partagée ni par les Karens ni par l’opposition birmane. Ils considèrent que cette présence bénéficie à la junte dont elle conforte le pouvoir au détriment des populations. Les déclarations d’Aung San Suu Kyi à ce sujet sont sans ambiguïté, le nier est perçu comme une injure faite à l’esprit de résistance des peuples de Birmanie. Ni les Karens ni les Birmans ne sont prêts à échanger leur liberté contre des boîtes de lait ou des médicaments.


Les consultations et les vaccinations sont clairement perçues comme une instrumentalisation de « l’humanitaire » au profit d’une cause indéfendable.
Les quelques centaines d’emplois et la relative prospérité des sous-traitants locaux sont dérisoires au regard du mal qui est fait au pays en confortant la dictature.

La source de revenus pour le Myanmar profite essentiellement à la junte qui en tire de substantiels bénéfices politiques, en profite pour conforter son pouvoir et financer les armes qui servent à l’asservissement du peuple birman.

Le projet Yadana profite à la dictature birmane et à la société Total, il ne profite ni au peuple birman, ni au peuple Karen.